A PARAITRE
WENDIGO - LES PREDATEURS DE LA NUIT
LE 20 JUIN 2012 DANS VOS LIBRAIRIES

Gwenn-Aël

FANTASTIQUE - HORREUR
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WENDIGO - LES PREDATEURS DE LA NUIT
LE 20 JUIN 2012 DANS VOS LIBRAIRIES

La pièce est très large, mais avec un plafond si bas qu’il est impossible d’arpenter la longue surface sans se voûter. Nicola Cortesi a découvert ce lieu tout à fait par hasard. Un jour où son esprit tourmenté étayait les planifications de ses plans machiavéliques, une pierre dans le chœur de l’abbaye s’est détachée du mur, a roulé jusqu’à ses pieds. Curieux de nature, le jeune prêtre a examiné le mur et découvert une porte que l’on avait dissimulée derrière un mur de pierres. Un passage secret menait directement dans les tréfonds de l’abbaye. Etait-ce-là un signe du destin ? En tout cas, Nicola avait compris qu’il avait là, la plus belle des opportunités de cacher ses méfaits aux yeux du monde. Un long escalier en colimaçon descendait jusqu’à cette pièce dont personne ne soupçonnait l’existence et qui avait dû servir quelques siècles auparavant afin de permettre aux prêtres de se cacher, voire peut-être aussi de dissimuler quelques précieux butins.
C’est ici que Nicola oeuvrerait en toute impunité…
Une à une, les bougies éclairent l’endroit, découvrant les monstrueuses machines de torture qu’il emploie avec les femmes. Même les plus résistantes avaient lâché leur savoir ; le mal qu’il leur infligeait ne pouvait que les faire céder.
Son regard dévie vers le corps d’Ahriman, posé à même le sol. La sorcière a rendu son dernier souffle à peine le jeune Dominicain l’avait hissé sur ses épaules. Il lui adresse un sourire, presque bienveillant. Toutes ces femmes l’ont conduit à devenir le plus grand sorcier de tous les temps. Mais Ahriman, elle, le conduira à l’apogée de sa gloire et aucun être sur cette terre ne pourra jamais égaler sa puissance. Il se lève, s’agenouille devant la dépouille de la vieille femme et se saisit du poignard. La lame effilée brille d’un éclat démoniaque. Tandis qu’il dépèce le corps avec minutie, son esprit s’évade dans ses rêves de grandeur. Lui, le misérable prêtre qui a passé sa vie à lutter contre le mal, dans la misère la plus absolue, a ouvert un jour les yeux sur sa funeste condition. Le mal était si tentant, si facile, … si puissant. Pourquoi devait-il, lui qui était si juste, vivre dans de pareilles conditions alors qu’on lui portait sur un plateau la solution de vivre riche, en bonne santé et obtenir tout ce qui lui faisait envie ? Ces femmes que l’on brûlait sur les bûchers étaient sa réponse… Alors il comprit rapidement que s’il voulait trouver un sens réel à sa vie, il lui fallait changer de camp. Il était devenu en l’espace de quelques semaines seulement le plus redoutable de tous les prédateurs. Il écoutait, attentif, les brimades des paysans à l’encontre de leurs semblables qu’ils soupçonnaient de pactiser avec le diable, passait des nuits entières à observer les partisans du démon. Puis, quand les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière les collines, il pénétrait dans les demeures et enlevait les sorcières. Un mouchoir d’éther suffisait chaque fois à assommer les plus robustes. Le sorcier grandissait. Il s’était enfin senti à la hauteur d’effectuer le fameux rituel du grimoire… Il y parviendrait, il réussirait là où tous ses prédécesseurs avaient échoué et il deviendrait le plus grand sorcier de tous les temps… Le rituel du grimoire lui apporterait le Savoir, Fait de peau humaine, écrit avec le sang de la sorcière… Ahriman…
Il prend sa plume, l’abreuve du sang encore chaud de la vieille femme et entreprend d’alimenter le parchemin. Il couche tout le savoir qu’il détient à ce jour. Les minutes s’égrènent doucement et le prêtre, à la seule lueur des cierges confisqués à l’abbaye, poursuit inlassablement son œuvre. Le sang de la sorcière rougit des dizaines de pages. Plus rien ne l’arrête. Les heures passent et Nicola est toujours attablé à son bureau, les yeux fixés sur le parchemin.
L’atmosphère s’épaissit soudain. Le jeune Dominicain éprouve des difficultés à respirer, mais il ne veut pas rompre le lien. S’il s’arrête maintenant, il perdra tout. Bien qu’il reste concentré, son esprit tente de comprendre ce qui est en train de se passer. Soudain des ombres mystérieuses se hissent dans le sous-sol, se mettent à courir sur les murs, des ombres dont on ne saisit pas bien la provenance. On dirait des bras qui s’étirent à l’infini, des mains qui s’ouvrent, tentant d’agripper leurs longs doigts crochus aux vieilles pierres. Fluides, elles glissent le long de chaque mur. Parfois, l’esquisse d’un visage déformé se dessine sur la pierre puis la forme disparaît dans un long filament et reprend son parcours un peu plus loin. Peu à peu les murs sont entièrement recouverts de ces formes noires qui absorbent la lumière et étouffent définitivement la flamme des bougies qui, s’avouant vaincues, finissent par s’étioler. Nicola suffoque. Le froid qui accompagne les ombres devient saisissant et quand il respire, la buée de sa respiration s’intensifie. Bientôt ses doigts sont gelés. Les ombres arpentent le sol terreux, glissent jusqu’au siège du Dominicain, s’enroulent autour des pieds pour grimper jusqu’à lui. Il sent sur ses cuisses les formes anguleuses serpenter, couvrir sa poitrine, s’enrouler autour de son cou, de ses bras tel un lierre épais. Il se sent oppressé, mais son corps tout entier est tellement saisi par le froid que même s’il le souhaitait, il ne pourrait esquisser le moindre geste. Il est paralysé. Malgré l’engourdissement de ses membres, la plume continue de glisser sur le manuscrit mais maladroite, hésitante et il sent bientôt qu’une autre force prend possession de sa main pour le guider. Il est tout entier sous la domination d’une entité démoniaque qui lui permettra d’obtenir ce qu’il cherche à travers ce rituel. La tête légèrement inclinée vers l’arrière, les yeux révulsés, le poison qui ternit son âme est douloureux, mais Nicola savoure pleinement cette souffrance synonyme de savoir. Son corps tout entier entre en transe, la sueur coule sur son front, son cerveau bouillonne, sa main tremble. L’entité guide sa main. Il ne résiste pas, ne s’oppose pas à ce qui arrive. A son oreille, une sorte de brise semble souffler, mais il réalise rapidement qu’il s’agit d’un chuchotement. Une voix lui souffle des mots qu’il ne comprend pas d’abord puis, tout prend un sens. Il tressaille. Il s’ouvre alors, se laisse guider, et l’écriture devient nerveuse, rapide et soignée. En l’espace de quelques minutes, Nicola a couvert cinq pages entières.
Quand l’étreinte sur sa main se desserre, il pose la plume dans l’encrier, fixe les yeux sur les pages rougis par le sang d’Ahriman. Son regard brille d’une singulière excitation. Il ne parvient pas à lâcher le grimoire des yeux. Jamais il n’aurait imaginé arriver jusque-là. Il est devenu le plus puissant des sorciers car il détient le Secret.
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